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Extrait du livre « Changer - La psychologie du changement »
www.livre-psychologie.com
Le mécanisme de l’expérience intérieure
a b c d e Monde extérieur → Intériorisation → Émotion → Réaction (schémas) → Confirmation (évènement)
Un évènement, une situation ou une interaction se produit à l’extérieur de nous. Parfois une pensée peut faire office de déclencheur.
Nous intériorisons (percevons) cet évènement en fonction des composantes incluses dans notre filtre de perception. Les composantes de ce filtre ont pour impact de concentrer toute notre attention sur des croyances forgées et entretenues au fil du temps.
En fonction de la perception que nous en avons, notre cerveau génère une émotion ressentie dans notre corps physique. On appelle «émotions négatives» celles qui génèrent de la souffrance et de l’inconfort.
Une réaction est associée à l’émotion générée. Cette réaction peut être verbale ou non et est souvent instinctive. Face à la peur, certains répondent par le silence ou la fuite alors que d’autre auront tendance à réagir par la violence.
La réaction (schéma de réaction) a souvent comme impact de confirmer la perception (intériorisation) du monde extérieur. Un homme percevant un immigrant négativement n’agira pas de la même façon que s’il en a une bonne impression. L’autre, sensible à l’image qu’on projette de lui réagira aussi dans le même sens. Nous nous entretenons alors dans un cercle vicieux d’expériences similaires. Nous verrons plus loin comment briser cette interrelation afin de changer notre expérience du monde.
Pour mieux comprendre l’interrelation de ces composantes, il faut se référer aux deux individus percevant les choses de façon opposée et vérifier en quoi cette façon de voir changera l’expérience qu’ils feront d’une même situation.
- Paul déteste les grandes villes : a) Un jour, son patron lui demande de se rendre à Francfort, grande ville allemande. b) Il prend l’avion en appréhendant son arrivée. Dès sa sortie de l’avion, il est étourdi par la frénésie de l’aéroport. c) Son anxiété monte. Il a chaud, est fatigué et inconfortable d) Il devient de moins en moins patient et fixe toute son attention sur son retour e) Par son attitude nerveuse et impatiente, les gens qu’il rencontre sont peu courtois et peu enclins à l’aider. Il confirme alors sa croyance initiale affirmant que les grandes villes n’amènent que des problèmes et que les gens qui y vivent sont individualistes.
- Christine adore les grandes villes : a) Un jour, son patron lui demande de se rendre à Francfort, grande ville allemande. b) Ravie, elle prend l’avion en pensant aux nombreuses rencontres qu’elle fera lors de son séjour en Allemagne. Dès son arrivée, elle est emballée par l’action qu’elle perçoit autour d’elle. Des gens parlent dans toutes les langues et elle est impressionnée par ce qu’elle perçoit. c) Sa fascination grandit. d) Elle souhaite demander de l’information et regarde autour d’elle, à la recherche d’une personne qui pourrait l’informer sur les façons de se rendre à son hôtel. Gentiment, elle aborde un employé qui lui donne les indications voulues. e) Heureuse mais fatiguée, elle quitte l’aéroport en taxi en étant convaincue que c’est vraiment une chance que son patron l’ai choisie pour faire ce voyage.
La compréhension du lien entre l’intériorisation, l’émotion, la réaction et la confirmation est primordiale pour comprendre le pouvoir réel que nous avons de changer l’expérience que nous faisons du quotidien. En vérité, ce qui fait croire que nous n’avons aucun pouvoir est la tendance au statu quo. C’est cette dernière qui nous pousse à vouloir changer le monde extérieur. Le cas suivant démontre cette tendance naturelle de vouloir à tout prix valider nos croyances.
« Pendant quelques années, j’ai travaillé dans une boutique de souvenirs. Lors de son premier jour de travail, Sylvie (une collègue) me dit le plus sérieusement du monde: « Je crois que je suis une sorcière ». Elle me confie qu’elle peut bouger son nez à souhait comme la sorcière bien-aimée (émission populaire dans les années 80). De plus, elle me pointe un croc (canine) drôlement positionné rappelant vaguement un vampire.
Une semaine après ma première rencontre avec Sylvie, j’arrive au travail et elle me dit : « il se passe des choses bizarres depuis que je travaille ici ». Tout étonné, je lui demande ce qui se passe. Elle me répond ceci : « Eh bien, tout d’abord, dans les trois derniers jours où j’ai travaillé, deux personnes ont oublié leur parapluie. De plus, je ne sais pas pourquoi mais tout le monde me demande des timbres »!
Pour avoir travaillé avec les touristes pendant des années, je peux vous certifier deux choses. Premièrement, plusieurs d’entre eux demandent des timbres, à un point tel qu’il aurait davantage été inhabituel que personne n’en demande. Ensuite beaucoup de clients laissent un « truc », quelque chose sur le comptoir ou quelque part dans la boutique. Alors avec trois jours de temps variable, pas étonnant que les parapluies soient l’objet le plus oublié. »
Le plus extraordinaire dans cette histoire n’est pas la perception qu’elle avait d’elle-même mais son incroyable capacité à trouver des preuves de la validité de sa croyance dans toutes les expériences vécues. La plus petite situation constituait pour elle une pierre de plus sur les fondements de son identité. Toute son attention était orientée vers les preuves de sa croyance. Nous agissons exactement de la même façon que Sylvie en transformant nos croyances en vérités absolues.
Le cas de Sylvie démontre non seulement l’impact que la perception des autres peut avoir dans la vie mais aussi le rôle important des croyances sur la perception du monde. Pour cette jeune femme d’à peine 20 ans, tous les évènements de son vécu confirmaient sa croyance qu’elle était une sorcière.
Cette histoire montre l’extraordinaire capacité qu’a l’être humain de trouver des preuves de ses croyances. D’ailleurs, les recherches de F. Wulf (1922) et de F. Barlett, viennent éclairer la compréhension des mécanismes de la mémoire en démontrant que chaque individu participe activement pour chercher une signification à des situations extérieures tout en les réduisant à des catégories qui lui sont familières. Comme nous venons de le voir, c’est le fonctionnement même des différents mécanismes de cognitions qui expliquent cette tendance naturelle.
Dans son fonctionnement naturel, la mémoire associe certaines situations actuelles avec des expériences passées. Puisque ces apprentissages ont été faits par l’entremise des cinq sens, il suffit parfois d’un mot, d’une image, d’une odeur pour revivre des émotions passées. Dès lors tout un processus s’enclenche. Pour illustrer ce processus naturel, il suffit de penser à ces odeurs qui font remonter des souvenirs lointains. Agissant comme déclencheur, cette odeur ouvre l’accès à ces souvenirs enfouis.
« Lors de mon séjour au Liban auprès des réfugiés palestiniens, je me réveillais très souvent vers 6h00, et avant les autres. J’allais alors sur le balcon pour admirer la Méditérannée et boire un café. J’écoutais toujours la même trame sonore du film d’Amélie Poulain en écrivant un peu dans mon journal de voyage. Ma mémoire a donc associé toutes ces composantes sensorielles (les odeurs, la musique, les images). Plusieurs années après, lorsque j’écoute la même mélodie, toutes les images et les impressions de ces matins calmes me reviennent. L’écoute de cette musique me replonge dans que je croyais avoir oublié.»
Dans les circonstances où l’être humain se sent menacé (lorsqu’un évènement extérieur réveille la sensation de menace), ce sont les réactions émotionnelles qui prennent la gouverne de sa vie. Il est alors vain de vouloir les calmer par la pensée logique.
De la même façon qu’un athlète apprend à coordonner ses mouvements (Forestier Nicolas : 1999) ou qu’un acteur gère son stress, il est possible de prendre conscience de ses réactions et ainsi apprendre à les réorienter efficacement pour retenir une réponse appropriée. Il est donc souhaitable de changer les réactions souvent apprises de façon instinctive. Cet apprentissage modifiera l’expérience que nous nous faisons du monde.
Il n’est pas facile de modifier des comportements et des réactions qui sont le fruit d’un apprentissage inconscient. Pourtant, nous comprenons maintenant dans quelle mesure nos propres réactions ont bien souvent pour résultat de nous entretenir dans des situations inconfortables. L’individu vivant une difficulté devrait toujours se demander de quelle façon son comportement entretient la situation et comment il peut changer ses croyances et conséquemment ces schémas de réaction.
Nous devons nous demander quel est le pouvoir réel que nous avons de changer notre vie. Nous savons qu’il n’est pas possible d’ordonner à une émotion de changer. Au niveau de la gestion des émotions, la science apporte son lot de connaissances. Des découvertes ont démontré le lien entre les sensations physiques et le cerveau émotionnel. Ce dernier, aussi appelé cerveau limbique, dirige le corps par l’entremise du système nerveux central. On le considère déconnecté du néo-cortex préfrontal, siège de la pensée logique. C’est d’ailleurs ce qui explique la difficulté (voir l’impossibilité) d’ordonner à une émotion d’arrêter seulement par la pensée. Il faut plutôt agir sur le corps pour avoir un accès direct sur le cerveau émotionnel. Certaines petites techniques simples peuvent être utilisées pour retrouver le calme de l’esprit.
Nous avons vu que la première phase de la mémoire est constituée par l’intériorisation, laquelle est effectuée par l’entremise de l’attention et/ou de l’émotion. Cependant, l’attention a tendance à se poser uniquement sur les preuves de nos croyances. Il faut donc aller plus loin en tentant de poser notre regard non pas uniquement sur la recherche de ces preuves mais sur une expérience plus vaste que la vie peut offrir.
Enfin, les schémas de réactions ont été forgés de façon inconsciente et qu’ils ont pour effet d’entretenir notre vie dans un cercle d’expériences similaires. De façon consciente néanmoins, il est possible de changer ces réactions en réalisant leurs impacts sur nous et sur le monde qui nous entoure. Pour se faire, il faut aller à l’encontre de l’entropie en se forçant à stopper nos réactions et à les changer pour des comportements plus adaptés à notre idéal de vie. Il s’agit d’un grand défi à relever dont l’une des étapes est de pouvoir saisir l’origine de la sensibilité.
Le prochain chapitre s’appliquera à mieux comprendre le pouvoir réel que nous avons de changer notre filtre de perception. Concentrons-nous maintenant à l’étude des composantes de cette vision du monde et de l’impact concret sur nos expériences quotidiennes.
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