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Extrait du livre « Changer - La psychologie du changement »
www.livre-psychologie.com
L’origine de la sensibilité
Nous venons de voir que la mémoire est un mécanisme complexe qui détermine la façon dont est intériorisée une situation. Il serait maintenant intéressant de connaître l’origine de l’émotion. Pourquoi une même situation est source de stress pour l’un et source de joie pour l’autre? Par quel principe une expérience en apparence négative sera moteur de changement pour l’un et source de dépression pour l’autre?
En fait, nous avons vu que le principe par lequel deux individus font des expériences très différentes d’une même situation réside dans la perception qu’ils en ont. Ce que nous savons moins, c’est pourquoi une situation nous dérange. Un élément (ou plusieurs) doit apparaître pour réveiller des émotions intenses. Mais quoi?
En fait, l’étude de l’origine de notre sensibilité, de nos émotions en quelque sorte, débute en dissociant d’une part notre nature innée (bagage génétique et spirituel) et notre nature acquise.
Nature innée
La génétique explique-t-elle à elle seule nos réactions émotives sur le plan de notre nature innée? En posant cette question, nous entrons de plein pied dans le mystère de l’expérience humaine. Si la plupart des explications donnent une connaissance des mécanismes impliqués en nous, la partie innée est, quant à elle, entourée d’un voile laissant planer un mystère sur le siège réel de l’identité. Une partie de notre sensibilité et de façon plus générale de notre identité, suggère l’existence d’une essence extérieure à la fois naturelle et spirituelle : l’âme. L’existence de cette réalité, trop souvent décrite sur la plan de la croyance et non de la connaissance, pourrait expliquer certaines phobies et certaines réactions. Le thème de notre nature spirituelle sera abordé plus loin car il constitue un élément primordial pour déterminer le pouvoir immense que nous avons de recréer le monde en fonction de l’image la plus noble que nous pouvons en avoir. Sur la nature innée, notre pouvoir est davantage au niveau du corps que de la parole. Cet élément important sera étudié lors du prochain chapitre.
Nature acquise
En ce qui concerne notre nature acquise, les recherches dans différents domaines liés aux sciences humaines ont su corroborer les théories avancées par Piaget en psychologie. C’est Gérard Lenclud qui, en expliquant les conclusions de Sapir (1988 : 83), témoigne bien du rôle que chacun joue dans l’acquisition de nouvelles perceptions et de sa vision du monde. Il explique que « ..l’individu n’est pas un porteur passif de traditions reçues, au sens où l’on reçoit du courrier, mais un être créatif qui donne forme, de mille façons possibles, aux idées et aux modèles de comportement transmis et communiqués dans un milieu social et dans un environnement culturel. »
La majorité des aspects qui nous touchent émotivement le sont à cause de la nature acquise. En d’autres mots, ce sont les composantes de notre filtre de perception qui déterminent les émotions vécues.
Pour ma part, j’ai longtemps été convaincu que les émotions provenaient du monde extérieur. Je croyais alors que nous n’étions que des récepteurs impassibles, incapables de changer quoi que ce soit aux émotions vécues et aux situations rencontrées.
« Je revenais un jour du travail et je suis passé à côté de trois adolescents qui m’ont regardé avec un air suspect. Ils avaient tous les 3 de la neige dans les mains. Tout de suite après les avoir dépassés, je me suis imaginé qu’ils avaient peut-être l’intention de me lancer une boule de neige. Cette idée m’a fait sortir de moi-même. J’étais prêt à leur sauter dessus avant qu’ils ne s’exécutent Devant l’ampleur et l’agressivité de mes pensées pour une situation qui aurait simplement été cocasse pour beaucoup d’entre vous, je me suis interrogé. J’ai réalisé très rapidement que cette image des trois jeunes hommes me lançant des boules de neige avait fait remonter de douloureux souvenirs de mon adolescence. L’image que j’avais en tête en imaginant les trois garçons faire cela était celle de cette période de vie où j’étais un bouc émissaire des rires de la classe. Après avoir réalisé que ces trois garçons n’avaient que déclencher quelque chose en moi, je me sentais beaucoup moins agressif. J’ai compris que la situation à corriger se trouvait à l’intérieur de moi. Non seulement j’avais grandi, mais j’avais augmenté ma capacité de gérer mes émotions en comprenant que les autres ne sont pas responsables de mes états d’âme. J’avais changé! »
Les réactions parfois excessives que nous avons dans certaines circonstances font résonnance à une partie fragile de notre être. Si le fonctionnement même de notre mémoire nous fait croire que la menace est à l’extérieure de nous comme je l’ai cru lors de ma rencontre avec ces trois garçons, il est primordial de comprendre que c’est la façon dont est intériorisée l’information extérieure qui dicte notre état d’âme ainsi que notre réaction. Lorsqu’un élément de notre monde intérieur (valeurs, besoin de sécurité, croyances, tabous, etc.) est touché, un signal est envoyé. C’est au niveau physique que nous ressentons l’émotion générée. Celle-ci peut avoir été déclenchée par un évènement extérieur mais c’est la résonance en nous qui détermine l’ampleur de l’émotion générée. Plus une partie est en souffrance, plus la réaction sera forte lorsqu’un événement la touchera. C’est ce qui m’est arrivé lors de ma brève rencontre avec ces jeunes hommes.
L’exemple suivant montre aussi que certains commentaires sont susceptibles de réveiller en nous des mécanismes de défense dont la source est en nous.
« Claudine est venue me consulter et m’a raconté un évènement l’ayant profondément marqué. Lors d’une dépression majeure, son mari, croyant bien faire, l’a internée dans un hôpital psychiatrique d’où elle est sortie traumatisée après quatre jours. Trois ans plus tard, en racontant à son mari les émotions qui la rongeaient encore, sa réponse fut de l’inviter à consulter un thérapeute afin de se départir de ce traumatisme qui minait toute sa vie. Folle de rage, Claudine fit une crise incontrôlable. Son conjoint, ne comprenant pas la réaction de sa femme face à un commentaire à prime abord banal mais rempli de bons sens à ses yeux, préfère rester muet que d’aller plus loin dans son explication. Le cas de Claudine est typique et représente une réaction normale lorsqu’une partie de soi est touchée. »
Dans un évènement traumatisant, l’émotion est intériorisée et le cerveau émotionnel envoie l’alarme au système nerveux central qui associe cette situation menaçante par l’entremise des cinq sens. Comme nous le démontre l’histoire de Claudine, il suffit parfois d’une étincelle provenant du monde extérieur pour que l’alarme se fasse entendre dans des circonstances surprenantes.
Ce principe d’association explique plusieurs de nos réactions à des commentaires anodins. À la suite d’une image ou d’un mot qui ouvrira notre âme à un souvenir plus difficile, nous serons transportés dans un état d’esprit complètement déconnecté de la réalité du moment. Les émotions prennent alors le contrôle et il est difficile de se donner du recul.
De façon purement objective, l’évènement importe peu. Tout traumatisme, du plus petit au plus grand, apparaît lorsqu’on se sent menacé. Le film « La vie est belle » constitue un magnifique témoignage en démontrant que même dans les pires conditions possibles, c’est l’attention qui dicte l’expérience qu’on en fait. Dans ce film de Roberto Benigni, un père est attrapé par les Nazis et déporté avec son fils dans un camp de concentration (assurément une des pires expériences que l’être humain a pu vivre). Le père, afin d’éviter que son enfant ait peur, lui fait croire qu’il s’agit d’une vaste mise en scène où chacun joue un rôle. Malgré la fatigue et l’inconfort, le fils joue et évite ainsi un traumatisme énorme.
Les situations faisant ressortir de fortes émotions sont des moments extraordinaires pour réaliser les modèles de pensée qui restreignent notre expérience et limitent notre épanouissement. Sans cette capacité d’introspection, nous entretenons la croyance que c’est l’extérieur qui détermine notre état d’âme. En déterminant le réel pouvoir que nous avons, il est plus facile d’atteindre un état de bien-être dans lequel nous nous sentons «être heureux». Dans le cas de Claudine, sa réaction lui a montré le besoin non comblé derrière sa réaction excessive : son besoin d’autonomie. Le fait de s’être fait traîner de force dans un hôpital psychiatrique a heurté de plein fouet certaines de ses valeurs.
Nous avons vu que notre tendance à l’entropie avait pour principal résultat de nous conforter dans l’inaction. Mais un événement chargé d’émotions déstabilise parfois la réalité envisagée. Ce déséquilibre engendre des émotions qui ont pour effet de nous entretenir dans une vision négative de nous-mêmes.
Certaines parties meurtries de notre histoire sont parfois touchées si fort que l’énergie négative latente est redirigée vers notre environnement immédiat. Trop souvent remplis de frustrations, d’amertume, d’agressivité ou d’émotions cachées, nous réagissons contre la première personne qui, sans le savoir, fera ressortir nos blessures du passé. Chacun ayant sa propre perception du monde, nous sommes parfois rapides à interpréter les évènements du quotidien comme une attaque personnelle. Ces malentendus se produisent quotidiennement à l’échelle individuelle mais également à celle des nations. Dans les circonstances, nous faisons ressortir des schémas de réactions qui prennent la forme de mécanismes de défense.
Celui qui peut comprendre l’origine de sa sensibilité améliore de façon significative son niveau de bien-être ainsi que l’environnement dans lequel il évolue.
À ce stade, il est primordial de percevoir le lien existant entre nos croyances, nos actions (schémas sensori-moteurs) ainsi que notre tendance naturelle à toujours porter notre attention sur des éléments qui prouvent la réalité de notre vision du monde. Cette intime interrelation fait en sorte que nous nous entretenons bien souvent inconsciemment dans une vie ne correspondant pas à notre idéal.
Dans ces pages du chapitre, nous avons voulu mettre en évidence les mécanismes généraux capables de gérer l’intériorisation et la réaction. Il est maintenant temps de traiter des composantes concrètes de notre vision du monde : le filtre de perception, ce dernier déterminant en grande partie ce sur quoi nous portons notre attention.
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