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Extrait du livre « Changer - La psychologie du changement »
www.livre-psychologie.com
Sortir de son rôle habituel
À cause de notre immense besoin d’être aimé et respecté, nous tentons trop souvent de nous créer une identité en fonction de nos conditions de vie extérieure. Il faut faire une distinction importante entre l’estime de soi en fonction de son être et de son agir. Trop de personne se sentent valorisées seulement à cause de leurs actions. La perception qu’elles ont d’elles-mêmes est alors en lien avec leurs fonctions sociales. Privées de ce statut, elles se sentent désemparées.
Que l’on soit mère, père, avocat, sans-travail, médecin, professeur, immigrant ou camionneur, les statuts sociaux contribuent à l’image que l’on a de soi. Ces caractéristiques extérieures ou fonctions sociales, malgré l’importance qu’elles peuvent prendre dans la vie, ne correspondent qu’à une partie de l’identité et sont basées uniquement sur ce que l’on « fait » et non sur ce que l’on « est ». C’est ici qu’il faut élargir la perception que nous avons de nous-mêmes et réaliser l’ampleur de notre nature spirituelle.
À travers les différentes périodes de notre histoire, nous ne faisons ressortir qu’une parcelle de notre être, laquelle partie nous lèguera même la croyance qu’il s’agit de l’ensemble de notre être. En fixant toute notre vie sur des éléments précis, nous développons la croyance (qui se cimente en certitude) que nous ne pouvons pas être autre chose. Tout au long de notre existence, la vie nous apprend et nous fait découvrir des facettes de nous-mêmes que nous ne connaissons pas. En découvrant ces éléments nouveau, on se sent insécure et déstabilisé.
Que l’on soit un enfant riche ou un homme seul, la vie apporte immanquablement les outils pour que l’individu trouve les ressources dont elle a besoin pour s’épanouir. Il est donc très important de rester ouvert à ces évènements qui permettent à notre monde intérieur de découvrir ses forces.
Nous ne devenons ni généreux, ni à l’écoute du jour au lendemain. Ces traits sont déjà en nous et se manifestent en fonction des évènements qui se produisent dans notre vie. En d’autres termes, dans certaines circonstances particulières, des traits de notre personnalité ressortent davantage. C’est donc pour cette raison que certaines situations alimentent l’insécurité alors que nous nous sentons pleinement en maîtrise de nos émotions pour d’autres. Par exemple, la façon d’être d’un individu peut être très différente en fonction des situations dans lesquelles il se trouve. Tout en étant tendre et à l’écoute de sa compagne, le même individu peut s’avérer un redoutable adversaire en affaire.
Pendant notre enfance, nous avons observé le monde qui nous entoure et c’est en nous comparant à celui-ci que nous nous sommes forgé un idéal de notre identité. C’est à travers le regard des gens que nous côtoyons que nous prenons conscience des traits de personnalité qui nous sont propres. C’est pourquoi, quand nous faisons une expérience restreinte de l’amour dans notre environnement immédiat, c’est l’ensemble de notre vie d’enfant qui grandit en bloquant l’accès à cette partie que nous avons pourtant en chacun de nous. Les deux exemples suivants démontrent le caractère restreint que nous donnons à notre identité. Élargir sa conscience, c’est percevoir en chacun une capacité à faire le bien. Plus nous limitons l’accès à des traits de personnalité, plus les crises identitaires seront propices à survenir.
« Laurence a 52 ans. Elle travaille depuis près de 24 ans, au ministère du Revenu et est très appréciée dans son milieu de travail. De par son implication auprès de ses collègues, elle est reconnue pour son côté intellectuel, sa rigueur et son sens pratique. Elle a également développé une capacité à identifier les problèmes et est devenue une ressource irremplaçable pour ses compagnes et compagnons de travail. Mais dans son attachement à son emploi, Laurence a lentement mis de côté certains traits de sa personnalité : Laurence adore la musique et a joué du piano pendant plusieurs années avant de mettre toute son énergie dans son emploi.
Tant que Laurence est au travail, elle se sent heureuse et bien. Même s’il lui reste encore quelques années avant la retraite, elle entrevoit déjà cette période avec beaucoup d’anxiété. Elle se pose un tas de questions : que ferai-je? Serai-je encore appréciée et entourée? Serai-je encore utile? Est-ce que je serai heureuse?
Si on pouvait dessiner le profil du monde intérieur de Laurence, on s’apercevrait rapidement que même si Laurence obtient la reconnaissance de son milieu et qu’elle s’y sent heureuse, son quotidien ne fait vivre qu’une partie de son identité. C’est souvent cette négation d’éléments si importants au monde intérieur qui peut engendrer certaines instabilités et rendre les deuils plus difficiles à vivre.
Avec les années qui se sont passées, elle en est même arrivée à croire qu’elle ne savait rien faire d’autre que ce qui était relié à son travail. Sans enfant et sans conjoint, Laurence se retrouve parfois un peu seule dans son grand appartement et elle sent qu’il lui manque quelque chose. L’implication de Laurence pour son travail l’a poussée à mettre plusieurs aspects de côté.»
L’exemple de Laurence représente la situation de beaucoup d’individus de notre société. En effet, nous sommes nombreux à mettre toute notre énergie dans notre travail mais, à l’extérieur de ce cadre formel, nous vivons peu d’agréments et de plaisirs. Le contraire est aussi vrai. Pour changer l’expérience que l’on fait du monde (quel que soit le milieu dans lequel on évolue), on doit apprendre à reconnaître ce qui fait obstacle à un état de bien-être. Rappelons la métaphore des enfants sur la plage. Ce n’est pas l’évènement qui est source d’angoisse mais plutôt la façon dont l’information est traitée en nous.
En cherchant à faire vivre une plus grande partie de nos traits de personnalité, nous nous assurons une stabilité beaucoup plus solide. C’est cette stabilité qui nous permettra d’affronter les nombreux défis qui se présenteront sur notre route. Lorsque les rôles extérieurs, souvent orientés par la fonction sociale, ne nous donnent plus la reconnaissance que nous avions besoin, nous en arrivons à croire que nous ne valons plus rien. C’est ce qui se passe parfois chez certaines personnes retraitées ou après certains grands changements comme l’illustre le cas suivant.
« Nathalie est une mère de 43 ans. Lorsqu’elle a choisi de fonder un foyer, son mari et elle ont décidé qu’elle resterait à la maison. Le travail de son mari lui a permis de faire ce choix et elle fut très heureuse de remplir ce rôle. Elle a acquis des connaissances très pratiques qui lui ont permis d’avancer et d’élever ses trois garçons.
Malgré des intérêts et des ressources très variées, les 20 dernières années ont été vouées à l’éducation des enfants. Avec le temps, Nathalie a de plus en plus oublié les autres facettes de sa personnalité afin de se concentrer aux préoccupations très pratiques liées à la vie de famille.
Au début de la vingtaine, ses deux garçons ont décidé d’aller vivre dans une autre ville pour débuter des études collégiales et universitaires. Privée de son rôle de mère à temps plein, Nathalie se sent déprimée. Elle cherche par tous les moyens à continuer de s’occuper de ses enfants qui semblent se plaire dans leur nouvelle vie d’adultes. Malgré une belle entente familiale, Nathalie constate qu’elle est maintenant trop présente. Elle téléphone continuellement à ses fils et leur rend des visites surprises qui ne semblent pas leur plaire. Elle ne sait plus quoi faire et s’aperçoit que l’adaptation à sa nouvelle réalité est difficile.
Il a fallu du temps à Nathalie pour accepter le départ de ses enfants. En s’interrogeant, elle a réalisé que le plus difficile n’était pas d’accepter le départ de ses enfants mais plutôt de faire le deuil de son ancien rôle de mère au foyer qu’elle avait toujours eu plaisir à jouer.
Depuis peu, Nathalie, retrouve le goût de vivre d’autres traits de sa personnalité qu’elle avait mis de côté pour s’occuper de ses enfants. À 43 ans, elle découvre tranquillement une nouvelle vie en se donnant des outils concrets pour développer des intérêts qui sommeillaient en elle depuis longtemps. Elle redécouvre aussi le plaisir d’être avec son mari et ils se plaisent à faire de petites escapades en amoureux. Cette nouvelle réalité est un nouveau défi qu’elle prend plaisir à relever à mesure qu’elle découvre en elle des rêves et des projets mis au rancart avec le temps.
Depuis qu’elle pense à elle, la relation avec ses deux garçons a retrouvé la douceur et la légèreté d’antan. Chaque rencontre est, pour toute la famille, un moment privilégié où chacun raconte sa nouvelle vie et les nombreux défis de tous les jours. Nathalie a réalisé qu’elle pouvait être une mère aimante envers ses enfants sans pour autant être toujours présente à leur côté. Sans le savoir, elle a changé une de ses croyances sur l’amour : aimer, c’est aussi donner la liberté. »
Tout comme Nathalie, il est possible de reconnecter avec des composantes oubliées de notre nature. Le fait de vivre certains traits de notre personnalité assure cette cohérence, dont nous avons déjà fait allusion auparavant, entre notre nature spirituelle et notre quotidien tout en nous permettant d’aller à l’encontre de l‘entropie. Les situations que nous vivons contribuent à faire remonter à la surface une partie de notre être qui sommeille en nous. Mais lorsqu’on vit une même situation pendant une période plus ou moins longue, il n’est pas facile de reprendre contact avec ce que nous avions abandonné. Pourtant, il n’est jamais trop tard pour apprendre à voir et à vivre ce qui fait de nous des êtres uniques.
En confinant l’identité de ceux qu’on côtoie à un seul élément particulier (c’est un criminel, c’est un vrai clown, c’est un vrai fou), on empêche souvent de faire ressortir le meilleur qui se cache en soi.
J’ai la ferme conviction que la nature spirituelle de l’être humain oriente toujours son idéal vers le bien, l’amour et le respect. Mais plusieurs facteurs de notre histoire font en sorte que nous restreignons notre regard en fonction des croyances et des pensées que nous avons accumulées sur le monde et sur nous-mêmes.
Nos gestes d’encouragement, notre écoute et notre empathie peuvent aider les gens qui croisent notre route à retrouver l’accès à ces parties extraordinaires qui ne demandent qu’à vivre. En réalisant que chacun porte en lui la capacité de faire le bien, on offre aux gens que l’on rencontre la possibilité de retrouver l’accès à ces valeurs les plus nobles de la nature spirituelle de l’homme. Comme les apparences sont souvent trompeuses, il nous arrive souvent d’isoler et de limiter notre perception des autres aux facettes obscures. Notre étude de la mémoire nous aidera à comprendre les raisons susceptibles d’entretenir les préjugés.
« Ingrid vit dans une communauté religieuse. Son engagement spirituel exige qu’elle s’implique et elle a décidé de donner du temps pour les prisonniers. Trois fois par semaine, elle va rencontrer certains des criminels les plus dangereux de son pays.
Les premières fois qu’elle s’est rendue au pénitencier, elle était pleine d’appréhensions, de craintes et de préjugés pour ces hommes au lourd passé. Mais sa croyance profonde dans la nature spirituelle de l’expérience humaine lui a donné la force nécessaire pour aller plus loin dans son implication auprès de cette population particulière. Elle a donc décidé d’écouter réellement et sincèrement ce que ces hommes voulaient exprimer. Elle fut surprise, malgré leur langage rustre, par la délicatesse de leurs propos. C’est avant tout sa capacité à percevoir la complexité de l’âme humaine qui permet à Ingrid de sentir la douceur de ces hommes. Elle s’aperçoit que plus elle entretient en elle une écoute sincère et sans préjugés, plus ces hommes lui démontrent une attitude qui contraste avec l’idée véhiculée par la société. Par sa présence et son écoute sans idée préconçue, elle permet réellement à ces hommes de prendre conscience de l’impact de leur geste et de leur passé tout en les aidant à retrouver une identité bien loin des stigmates que la société impose à ce genre d’individus. Par la qualité de sa présence et de son écoute, Ingrid participe à l’évolution d’individus jugés durement par le reste de la population. »
La complexité même de l’identité humaine nous aide à mieux comprendre l’ambivalence des émotions ressentie au cour notre vie. Si nous avons une tendance naturelle à restreindre la perception de nous-mêmes à quelques aspects seulement, le même mécanisme s’opère lorsque nous portons notre regard sur les autres. C’est la nature de ce dernier qui détermine non notre niveau de bien-être ainsi que l’impact que nous avons sur notre environnement immédiat. |
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