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www.livre-psychologie.com
Transformer son expérience intérieure
Qu’entend-on exactement par « expérience intérieure »? Elle constitue la réponse mentale, acquise et entretenue la plupart du temps de façon inconsciente, que chacun donne aux évènements qui se produisent dans sa vie. L’expérience intérieure dicte notre niveau de bien-être car elle nous fait entrevoir les situations extérieures soit comme des menaces ou au contraire, comme des moments exceptionnels pour grandir, évoluer, et s’épanouir. Cette « réponse » à notre environnement immédiat sert de guide, de balise.
Afin de mieux comprendre ce que nous entendons par «expérience intérieure» et la façon de la gérer à l’âge adulte, référons-nous à l’exemple suivant :
« Deux enfants se trouvant sur la plage jouent dans le sable près du rivage. À un certain moment, une grosse vague les arrose. Le premier enfant rit, trouve l’expérience amusante et attend avec enthousiasme la prochaine. Le deuxième enfant, surpris par la fraîcheur de l’eau, commence à pleurer et court vers ses parents qui rapidement le rassurent. »
Voilà une situation causant deux expériences intérieures différentes. Cette histoire démontre que ce n’est pas l’évènement lui-même qui est source de joie ou d’angoisse mais la façon dont est traitée l’information en nous.
Dans ce récit, deux éléments doivent être pris en considération pour comprendre ce qui détermine l’expérience vécue chez ces enfants. Tout d’abord, chacun possède sa personnalité qui lui confère une prédisposition particulière à percevoir les événements soit comme des menaces ou comme porteurs de sensations agréables. On parle ici de la nature innée.
Ensuite, c’est la socialisation de l’enfant qui conditionne en grande partie la façon dont un évènement est intériorisé. La socialisation est le principe par lequel l’enfant acquiert et intègre sa culture et, de façon générale, sa vision du monde et de lui-même. On entend par culture, les valeurs, la langue, les traditions, la religion, les principes, les lois dites et non dites, les tabous, le code non-verbal. C’est la socialisation qui dicte ce qu’est une vie « réussie ». La socialisation a pour principal objectif de créer une cohésion au sein du groupe et ainsi lutter contre l’entropie collective. Tout comportement situé à l’extérieur de ce schéma est jugé négativement ou, dans le meilleur des cas, excentrique. La principale difficulté réside dans le fait que la socialisation tend à vouloir faire disparaître les différences personnelles afin de valider et de créer un mode de vie auquel tous doivent adhérer. Cependant, dans plusieurs occasions, il faut dépasser ces croyances si on veut se libérer de celles qui nous confinent dans l’inaction.
« Pour mieux comprendre ce qu’est la socialisation et son impact sur l’expérience vécue par ces deux enfants, imaginons la suite de notre petite anecdote. Un parent insécure dira ceci: « Mon pauvre petit chéri, qu’est-ce qui s’est passé. Tu as une grosse peur? Je t’avais dit aussi de ne pas t’approcher de l’eau. Maman a eu très peur ». De tels propos engendrent l’insécurité. Un parent désengagé quant à lui dira : « (Soupir) Arrête de pleurnicher tout le temps. Si tu faisais ce qu’on te dit aussi, tu n’aurais aucun problème…». Une intervention de cette nature pousse l’enfant à croire que ce qu’il ressent n’est pas important. Un parent autoritaire dira: « Viens ici tout de suite et tu as besoin de te tenir tranquille. Si tu ne peux pas te tenir tranquille, on va s’en aller tout de suite et on viendra seulement avec ton grand frère. » L’enfant apprendra alors qu’il a fait quelque chose de mal et croira qu’il n’est pas à la hauteur. Il développera alors une faible estime de lui-même qui orientera ses expériences futures. »
La réaction du parent conditionne énormément les apprentissages de l’enfant, lesquels déterminent ainsi les expériences vécues (même à l’âge adulte) par celui-ci. La plupart des thérapies servent justement à retravailler des apprentissages inadéquats et générant des émotions négatives.
« Un jour, un orage violent éclata. Le petit garçon de deux ans de ma copine vint rapidement vers moi : sa peur grandissait avec le tonnerre qui devenait de plus en plus fort. À l’approche des coups de tonnerre, il se blottissait davantage sur moi. Mais puisque chacun des coups était précédé d’un éclair, j’ai donc tenté de lui montrer que le phénomène était normal. Suite à chaque éclair, j’imitais le bruit du tonnerre en lui faisant comprendre ainsi qu’il fallait attendre ce bruit. Après trois fois, il prenait déjà plaisir à l’expérience en imitant avec moi le bruit du tonnerre qui commençait à s’éloigner graduellement. »
Si nous n’avions pas pu répondre à son immense besoin de sécurité, l’évènement aurait pu être traumatisant. Cet exemple relève un autre élément s’ajoutant à notre réflexion : le besoin de donner un sens au monde dans lequel on vit. Dans le cas de ce petit garçon, il s’est calmé non pas avec l’éloignement de l’orage, mais plutôt en comprenant qu’il s’agissait d’un phénomène naturel qu’il comprenait et dont il pouvait anticiper les effets.
À la différence de l’enfant qui répond instinctivement aux stimuli extérieurs, l’adulte peut quant à lui raisonner et retravailler sa perception du monde (sa carte). Si l’apprentissage de notre perception du monde (culture, croyances, etc) se fait inconsciemment durant l’enfance, nous pouvons néanmoins, à l’âge adulte, réapprendre certaines conceptions du monde en retravaillant l’une ou l’autre composante de notre filtre de perception. Ce dernier constitue l’ensemble des composantes déterminant notre perception du monde extérieur. Nous nous y pencherons au cours du prochain chapitre.
L’exemple suivant montre à quel point l’apprentissage de la culture est profondément ancré en nous. En effet, la socialisation est si inconsciente qu’elle dicte même notre code non-verbal.
« Je me rappelle de mon premier séjour en Mongolie en l’an 2000. J’y étais depuis plusieurs mois. Les Occidentaux étaient peu nombreux dans la capitale Oulan-Bator et la plupart étaient allemands ou français. Un jour, assis à la terrasse d’un petit café du centre ville, un occidental passa devant moi. Sans pouvoir dire pourquoi, j’eu la forte impression qu’il était québécois comme moi. Sur le coup, je me dis que ça n’avait aucun sens. Je l’invite à s’asseoir avec moi et nous commençons à bavarder ensemble (en anglais). Après quelques phrases seulement, nous réalisons que nous venons de la même ville du Canada. Mon impression était bonne. »
Avec les années, nous consolidons notre expérience intérieure en croyant percevoir la « réalité ». Cette dernière n’est en fait qu’une infime partie de l’expérience que la vie présente puisque notre attention est orientée uniquement sur les éléments touchant notre monde intérieur. Ce sont nos valeurs, nos croyances, notre estime de soi et d’autres éléments qui dictent ce sur quoi nous portons notre attention. Le prochain exemple confirme que l’expérience intérieure est directement liée à notre perception du monde, laquelle est déterminée en grande partie par notre socialisation.
« La négociation (ou marchandage) fait partie intégrante de toute relation d’affaires dans plusieurs pays du monde. Les Marocains voient, dans les échanges, une façon d’entrer en relation avec les autres et d’aiguiser leur capacité à discuter et faire des affaires. La finalité, comme certains Occidentaux le croient, n’est pas d’arnaquer le client mais plutôt de favoriser à la fois communication et échange. Ces deux valeurs ont encore leur place dans les sociétés traditionnelles comme celles du Maghreb. Pour beaucoup de voyageurs néanmoins, ce « jeu » est beaucoup moins agréable. Ayant en eux la certitude (la croyance) que tous les vendeurs souhaitent les voler et les arnaquer, l’expérience qu’ils vivront ne pourra pas être agréable. Ils se sentent frustrés et, dans la plupart des cas, n’arrivent pas à porter leur attention sur autre chose : ce vendeur veut me rouler.
Deux visions du monde s’affrontent sans le savoir et chacun voit le monde en fonction de son filtre de perceptions. Dans le meilleur des cas, la rencontre se termine habituellement par une acceptation rapide du client qui n’a pas du tout envie de « communiquer » et « d’échanger » avec le vendeur qu’il perçoit négativement.
Mon père a accompagné un groupe d’étudiants au Maroc et a « joué » le jeu du marchandage avec tellement de plaisir que tous les membres du groupe, qui n’appréciaient pas du tout la façon de faire des Marocains, demandaient à mon père de négocier pour eux ce qu’ils souhaitaient se procurer. Le marchandage était donc pour lui une vraie partie de plaisir. »
Dans un registre plus subtil, il se produit exactement la même incompréhension lors de beaucoup de rencontres entre personnes partageant en totalité ou en partie la même culture. Même si la culture est similaire, les croyances, les valeurs et la vision du monde restent personnelles. Comme le marchand marocain et l’acheteur occidental ont leur propre vision du monde et portent leur attention sur des éléments différents, il faut regarder en nous ce qui détermine réellement les expériences vécues. Le cas des deux enfants dans l’exemple précédent indique de façon éloquente que ce qui détermine notre niveau de bien-être n’est jamais l’évènement en soi mais la façon dont il est interprété, intériorisé et assimilé. Cette interprétation génère une émotion et c’est elle qui détermine réellement notre bien-être.
Il devient donc primordial de percevoir en nous les obstacles réels à notre bien-être et à une expérience intérieure positive. Celui qui s’y applique réalise tôt ou tard que le changement à faire est en lui. En retravaillant sa vision du monde, on se donne non seulement la chance de reconnecter avec l’idéal que l’on porte en soi, mais aussi de contribuer à l’épanouissement de l’ensemble du monde. C’est cet idéal, porté par nos intuitions d’enfants, que nous avons mis de côté en croyant devenir « adultes ».
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