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Changer

La psychologie du changement et du bien-être

 

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Extrait du livre « La psychologie des foules» de Gustave Le Bon

écrit en 1895 et libre de droits depuis le 24 décembre 2007

Note: Ces écrits ne reflètent pas nécessairement la vision de l’auteur de ce site

 

CHAPITRE III

Les meneurs des foules et leurs moyens de persuasion.

§ 2.—LES MOYENS D'ACTION DES MENEURS: L'AFFIRMATION, LA RÉPÉTITION, LA CONTAGION.

Lorsqu'il s'agit d'entraîner une foule pour un instant, et de la déterminer à commettre un acte quelconque: piller un palais, se faire massacrer pour défendre une place forte ou une barricade, il faut agir sur elle par des suggestions rapides, dont la plus énergique est encore l'exemple; mais il faut alors que la foule soit déjà préparée par certaines circonstances, et surtout que celui [p. 112] qui veut l'entraîner possède la qualité que j'étudierai plus loin sous le nom de prestige.

Mais quand il s'agit de faire pénétrer des idées et des croyances dans l'esprit des foules—les théories sociales modernes, par exemple—les procédés des meneurs sont différents. Ils ont principalement recours à trois procédés très nets: l'affirmation, la répétition, la contagion. L'action en est assez lente, mais les effets de cette action une fois produits sont fort durables.

L'affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l'esprit des foules. Plus l'affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d'autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. Les hommes d'État appelés à défendre une cause politique quelconque, les industriels propageant leurs produits par l'annonce, savent la valeur de l'affirmation.

L'affirmation n'a cependant d'influence réelle qu'à la condition d'être constamment répétée, et, le plus possible, dans les mêmes termes. C'est Napoléon, je crois, qui a dit qu'il n'y a qu'une seule figure sérieuse de rhétorique, la répétition. La chose affirmée arrive, par la répétition, à s'établir dans les esprits au point qu'ils finissent par l'accepter comme une vérité démontrée.

On comprend bien l'influence de la répétition sur les foules, en voyant à quel point elle est puissante sur les esprits les plus éclairés. Cette puissance vient de ce que la chose répétée finit par s'incruster dans ces régions profondes de l'inconscient où s'élaborent les motifs de [p. 113] nos actions. Au bout de quelque temps, nous ne savons plus quel est l'auteur de l'assertion répétée, et nous finissons par y croire. De là la force étonnante de l'annonce. Quand nous avons lu cent fois, mille fois que le meilleur chocolat est le chocolat X, nous nous imaginons l'avoir entendu dire de bien des côtés, et nous finissons par en avoir la certitude. Quand nous avons lu mille fois que la farine Y a guéri les plus grands personnages des maladies les plus tenaces, nous finissons par être tentés de l'essayer le jour où nous sommes atteints d'une maladie du même genre. Si nous lisons toujours dans le même journal que A est un parfait gredin et B un très honnête homme, nous finissons par en être convaincus, à moins, bien entendu, que nous ne lisions souvent un autre journal d'opinion contraire, où les deux qualificatifs soient inversés. L'affirmation et la répétition sont seules assez puissantes pour pouvoir se combattre.

Lorsqu'une affirmation a été suffisamment répétée, et qu'il y a unanimité dans la répétition, comme cela est arrivé pour certaines entreprises financières célèbres assez riches pour acheter tous les concours, il se forme ce qu'on appelle un courant d'opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient. Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. Ce phénomène est très naturel puisqu'on l'observe chez les animaux eux-mêmes dès qu'il sont en foule. Le tic d'un cheval dans une écurie est bientôt imité par les autres chevaux de la même écurie. Une panique, un mouvement désordonné de quelques moutons s'étend bientôt à tout le troupeau. Chez l'homme en [p. 114] foule toutes les émotions sont très rapidement contagieuses, et c'est ce qui explique la soudaineté des paniques. Les désordres cérébraux, comme la folie, sont eux-mêmes contagieux. On sait combien est fréquente l'aliénation chez les médecins aliénistes. On a même cité récemment des formes de folie, l'agoraphobie par exemple, communiquées de l'homme aux animaux.

La contagion n'exige pas la présence simultanée d'individus sur un seul point; elle peut se faire à distance sous l'influence de certains événements qui orientent tous les esprits dans le même sens et leur donnent les caractères spéciaux aux foules, surtout quand les esprits sont préparés par les facteurs lointains que j'ai étudiés plus haut. C'est ainsi par exemple que l'explosion révolutionnaire de 1848, partie de Paris, s'étendit brusquement à une grande partie de l'Europe et ébranla plusieurs monarchies.

L'imitation, à laquelle on a attribué tant d'influence dans les phénomènes sociaux, n'est en réalité qu'un simple effet de la contagion. Ayant montré ailleurs son influence je me bornerai à reproduire ce que j'en disais il y a quinze ans et qui depuis a été développé par d'autres écrivains dans des publications récentes:

«Semblable aux animaux, l'homme est naturellement imitatif. L'imitation est un besoin pour lui, à condition bien entendu, que cette imitation soit tout à fait facile, c'est ce besoin qui rend si puissante l'influence de ce que nous appelons la mode. Qu'il s'agisse d'opinions, d'idées, de manifestations littéraires, ou simplement de costumes, combien osent se soustraire à son empire? Ce n'est pas avec des arguments, mais avec des modèles, qu'on guide les foules. À chaque époque il y a un petit [p. 115] nombre d'individualités qui impriment leur action et que la masse inconsciente imite. Il ne faudrait pas cependant que ces individualités s'écartassent par trop des idées reçues. Les imiter serait alors trop difficile et leur influence serait nulle. C'est précisément pour cette raison que les hommes trop supérieurs à leur époque n'ont généralement aucune influence sur elle. L'écart est trop grand. C'est pour la même raison que les Européens, avec tous les avantages de leur civilisation, ont une influence si insignifiante sur les peuples de l'Orient: ils en diffèrent trop.

«La double action du passé et de l'imitation réciproque finit par rendre tous les hommes d'un même pays et d'une même époque à ce point semblables que, même chez ceux qui sembleraient devoir le plus s'y soustraire, philosophes, savants et littérateurs, la pensée et le style ont un air de famille qui fait immédiatement reconnaître le temps auquel ils appartiennent. Il ne faut pas causer longtemps avec un individu pour connaître à fond ses lectures, ses occupations habituelles et le milieu où il vit16

La contagion est si puissante qu'elle impose aux individus non seulement certaines opinions mais encore certaines façons de sentir. C'est la contagion qui fait mépriser à une époque certaines œuvres, telles que le Tanhauser, par exemple, et qui, quelques années plus tard, les fait admirer par ceux-là mêmes qui les avaient dénigrées le plus.

C'est surtout par le mécanisme de la contagion, jamais par celui du raisonnement, que se propagent les opinions [p. 116] et les croyances des foules. C'est au cabaret, par affirmation, répétition et contagion que s'établissent les conceptions actuelles des ouvriers; et les croyances des foules de tous les âges ne se sont guère créées autrement. Renan compare avec justesse les premiers fondateurs du christianisme «aux ouvriers socialistes répandant leurs idées de cabaret en cabaret»; et Voltaire avait déjà fait observer à propos de la religion chrétienne que «la plus vile canaille l'avait seule embrassée pendant plus de cent ans».

On remarquera que, dans les exemples analogues à ceux que je viens de citer, la contagion, après s'être exercée dans les couches populaires, passe ensuite aux couches supérieures de la société. C'est ce que nous voyons de nos jours pour les doctrines socialistes, qui commencent à gagner ceux qui pourtant sont marqués pour en devenir les premières victimes. Le mécanisme de la contagion est si puissant que, devant son action, l'intérêt personnel lui-même s'évanouit.

Et c'est pourquoi toute opinion devenue populaire finit toujours par s'imposer avec une grande force aux couches sociales les plus élevées, quelque visible que puisse être l'absurdité de l'opinion triomphante. Il y a là une réaction des couches sociales inférieures sur les couches supérieures d'autant plus curieuse que les croyances de la foule dérivent toujours plus ou moins de quelque idée supérieure restée souvent sans influence dans le milieu où elle avait pris naissance. Cette idée supérieure, les meneurs subjugués par elle s'en emparent, la déforment et créent une secte qui la déforme de nouveau, puis la répand dans le sein des foules qui continuent à la déformer de plus en plus. [p. 117] Devenue vérité populaire, elle remonte en quelque façon à sa source et agit alors sur les couches supérieures d'une nation. C'est en définitive l'intelligence qui guide le monde, mais elle le guide vraiment de fort loin. Les philosophes qui créent les idées sont depuis bien longtemps retournés à la poussière, lorsque, par l'effet du mécanisme que je viens de décrire, leur pensée finit par triompher.

La psychologie des foules par Gustave Le Bon

Libre de droits depuis le 24 dec 2007

 

Préface du livre PSYCHOLOGIE DES FOULES

 

LIVRE I

L’âme des foules

 

CHAPITRE PREMIER.—Caractéristiques générales des foules.—Loi psychologique de leur unité mentale

 

CHAPITRE II.—Sentiments et moralité des foules

 

CHAPITRE III.—Idées, raisonnements et imagination des foules

 

CHAPITRE IV.—Formes religieuses que revêtent toutes les convictions des foules

 

LIVRE II

Les opinions et les croyances des foules.

 

CHAPITRE PREMIER.—Facteurs lointains des croyances et opinions des foules

 

CHAPITRE II.—Facteurs immédiats des opinions des foules

 

CHAPITRE III.—Les meneurs des foules et leurs moyens de persuasion

 

CHAPITRE IV.—Limites de variabilité des croyances et opinions des foules

 

LIVRE III

Classification et description des diverses catégories de foules.

 

CHAPITRE PREMIER.—Classification des foules

 

CHAPITRE II.—Les foules dites criminelles

 

CHAPITRE III.—Les jurés de cour d'assises

 

CHAPITRE IV.—Les foules électorales

 

CHAPITRE V.—Les assemblées parlementaires